dimanche 20 février 2011

Deux places pour le ixième.

Le vieil ascenseur aux intimes merveilles et aux boutons espiègles attends patiemment l'élévation des deux corps en éveil. Drôle de deux places pour le ixième qui songe combien ce transport à l'amour des êtres peut se révéler une si troublante fête. Un peu pompette, chancelant légèrement à la vue de ces esprits fondants aux désirs agrippés, la lumière déjà tamisé se dissipe s'émancipe, et caresse les épaules dénudées d'une poignée, jolie fée soulignée de courbes suggestives et envoutantes. Les dorures ambrées cambrées, pleines et gorgées de mémoire licencieuse, dansent comme autant de luxures épinglées tout en dessinant l'architecture d'un carrosse qui commence à peine à se dévoiler. 
Ce n'est que cet imperceptible et désuet habillage qui donne à l'ensemble le trouble luxueux d'une proposition déshabillée. Autour, la ferraille sans serrure embrasse ce petit monde joliment tape-à-l'œil et donne au vitrage jauni un air d'ailleurs et de délicieux. Ce pourrait être déjà céleste mais il s'attarde ici comme une senteur de boudoir plein de charmes et de préliminaires, une élégante impatience qui joue avec les envies et se donne un suspens de plaisir.
Au dessus, les câbles huilés et bandés prêtent leurs perspectives fuyantes aux regards haletants. Il n'est nul trace de leurs accroches et l'on dirait le ciel à porté de volonté, comme une promesse de liberté, comme une incitation à l'audace des altitudes inconnues. Le noir l'emporte et l'imagination fertile se repose alors dans la minuscule cabine chaloupé en attendant fébrile la résolution des intentions nues et partagées.

Le vieil ascenseur s'ébranle enfin et dans un bruit complice emporte au baldaquin des hautes atmosphères les deux amoureux déjà heureux. On pourrait croire un instant au Paradis.

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