dimanche 21 novembre 2010

Suite des aventures et des épisodes en cours.


Arroser les mœurs avec une escaladeuse de braguette.
Mais pas forcément en France, pas forcément au One Two Two ou au Sphinx, les maisons closes de Paris, mais... à Buenos Aires ! C'était là que filait l'esclavagisme lucratif des "filles" lorsqu'il ne pouvait se développer dans la capitale. Un écho à l'empire colonial et au cynisme d'une industrie du grand banditisme.

A Paris cependant, lieu de sensations très actif au tout début du siècle, deux points de vue s'expriment sur les maisons de tolérances, les bobinards, les bordels, lupanars, hôtels borgne, claques, poufs, bouics et autres foutoirs.
Il ne faut pas croire, les lieux de consommation de plaisir de 1900, même à Paname, ressemblaient bien à des prisons au service d'une exploitation, mais aussi à des endroits sublimés par le romantisme, le désir des hommes, les décorations extraordinaires débordantes d'appâts où l'on retrouvait - dans quelques uns seulement de ces boxons - des luxes inouïs* (des bauges parfois visités uniquement pour leurs décorum somptuaires. Colette, Gabin, Dietrich feront plus tard leur quartier de ces bastringues à l'allure de palaces fastueux), des inventions à bonheur incroyables (du glory hole - déjà, bien sur - aux chambres à thèmes en passant par les déguisements, les mise en situation ou les pratiques les plus farfelues).

Et le "cinématographe" donc. Forcément. Le cinéma, du simple effeuillage de Marguerite aux pompiers les plus pornographiques, grandissait là où il le pouvait en inventant le nouvel érotisme, l'image des normes sexuelles de demain, les futurs modèles et mœurs acrobatiques ou savoureuses des temps à venir. Le cinéma faisait partie du présent moderne et cette spectaculaire invention se mit vite, pour partie, au pragmatisme financier des tenanciers de cloaques et à l'imagination bouillonnante des frais et jeunes réalisateurs .

Pour le "public", une fois le choc sui generis du premier film érotique montré ("Le coucher de la mariée", au Café de la Paix, d'Eugène Pirou et Alfred Kirchner, en 1896, avec Louise Willy - une pré-Louise Brook* de l'époque folle), la suite de l'affaire n'était plus qu'une fabuleuse fantaisie technique (et sexuelle) appartenant aux temps modernes.
C'était dans les maisons closes que l'on pouvait profiter de ces films (très vite bannis) et de ces superbes plastiques - des supposées libertines, "mignonnes de la taule" du 4 étoiles de la fesse ou du Chabanais, qui tournaient aussi dans ces films comme leurs collègues prostituées de Buenos Aires, ville privilégiée de production en 1904 et en 35 mm des premiers pornos à 500$ la projection.
Les voici donc, ces belles et jeunes illégitimes, "libres" et inventives, devenir icônes d'imaginaires et de désirs stratosphériques. Des lumières, des stars de coin de paradis bricolé, et le sexe comme sacrée promenade au pays des merveilles.

C'est souvent un soulagement de s'apercevoir que, tout comme l'idée des modernités, l'invention s'habille toujours d'un enthousiasme des nouveautés qui reste hors temps. La tendance première serait de percevoir l'histoire et ses révolutions intellectuelles comme une progression linéaire et hiérarchique. Une erreur (étonnamment et paradoxalement contrebalancée par l'âge d'or des temps anciens !) prétentieuse et anthropomorphique masquant l'intelligence et le big bang de certaines ruptures conceptuelles d'avant.

Cependant, bien que l''érotisme par l'image n'ait été inventé avec le cinéma, il à, brutalement changé de dimension. Tout comme l'imprimerie à bouleversé le savoir par la lecture de masse.
Ainsi, parallèlement aux effroyables conditions humaines des bordels, émergeait une nouvelle danse de la représentation des corps érotiques et de la technologie ; pas une candide ou primaire sexualité donc (les pratiques étaient tout aussi spécialisées et loufoques que le sont celles des alcôves confidentielles de 2010, si, si), pas encore une "industrie" standardisé et au cynisme économique, et certes une utilisation déjà guidé par l'appât du gain et des dominations, mais aussi une avancée des corps et des esprits remplie d'une forme de naïveté enthousiaste lié aux premières fois et aux fébrilités de la découverte scientifique.


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