jeudi 1 décembre 2011

Carnet de tournée - 3 (la suite en direct, tellement ça va vite ouLaval-Brest) : la loose, mais c'est chouette.

Changement d'angle. l'Extravagant Quotidien devient reporter le temps d'une tournée de Filiamotsa Soufflants Rhode. Histoire de peindre de l’intérieur le banal et l'extra de la vie d'un groupe de musique. 





jeudi 1 décembre - 14:19.
Comment dire mais comment dire. On espérait avec ce suivi live d'une tournée (comme ça, l'air de rien), toucher un peu des yeux un peu de soi un peu de ce qu'était l'équipée d'un groupe de musique. Mais pouvait-on prévoir une telle épopée, l'Odyssée, la route du rhum et du Rock, la baguenaude rocambolesque vers Brest - belle gonzesse trop inaccessible ?
Une histoire à tiroir comme sorti d'un chapeau à suspens pour alimenter en fantasmes le quotidien des journées ; qui l'eut cru, qui l'eut cru !



Narration, situation.
L'épisode précédent, haletant, à laissé Filiamotsa Soufflants Rhode repartir en taxi-ambulance de Brice les Coges* et de son fameux hôtel "Le Lion d'Or" (le taxi-man à étoile bleue est évidemment un ex-comique "one man show" qui à, après 10 ans d'intermittence, raccroché des ballons - les surprises de la vie sont immenses, quand même).
Le temps de charger discuter repartir et ... re-panne, à 30 km du garage. Bon. 4ème catastrophe. A ce stade, les statistiques flanchent franchement et le quidam lambda se demande qui tient la poupée voodoo - voilà les marionnettes du destin qui s'en mêlent, ce n'est pas banal. "Re-réparation" (un joint torique oublié lors de la précédente) et hop ! hop ! hop ! le VW, cheval de course, blanc de couleur brulant de cœur est en marche. Arrivée prévue à La Carène de Brest, belles courbes marines, vers 17h30 au lieu de 16h30, heure de balance de la feuille de route. Ce sera donc un sound-check pour tout le monde et un concert fend la bise sur les quais joliment iodés.



A l'instant (15:51) l'autoradio est kaput. Il vient de lâcher. Bien sur, il pleut, à verse.

Factuellement, tout ceci prend des allures de série noire (quelle est cette magie ?) et de galère, mais en vérité, vivre une tournée c'est espérer sur-vivre. En rock, l'énergie de la musique vient directement de l'engagement et celui-ci, parfois, n'est jamais plus grand que lorsque rien ne se passe comme prévu et plutôt à l'arraché. Le son punk est aussi un son de l'urgence, des têtes baissées et de l'inconscience joyeuse. Il faut sauter sur scène comme on saute sur l'occasion. Un geste non-réfléchi mais nourri d'une manière de construire, d'une manière d'oser. Teen Spirit.


Pour les néophytes : les balances servent normalement à faire le son "de façade" (équilibre de la sonorisation des instruments pour donner une image fidèle au son acoustique du groupe ou à sa volonté esthétique, qui peut être artificiellement transformée par l'amplification) et le son "des retours", c'est à dire le son sur scène permettant à chacun, dans une ambiance forte, de bien entendre les différents musiciens.
Le sound-check n'est qu'une vérification rapide que tout fonctionne et plus avant une mini-balance avant le concert. Il est courant en rock underground d'avoir des balances qui s'équilibrent au fur et à mesure du concert. La complicité et le savoir-faire des ingénieurs du son du lieu est toujours primordial, c'est une question de gestion des priorités, lorsque le temps manque.

Jouer sonorisé est une expérience particulière que ne partage pas tous les musiciens. Jouer le plus acoustique possible est pour beaucoup un nirvana car cela permet de garder les sons naturels et les profondeurs de champs de l'espace acoustique. Le lointain géographique  d'un timbre ne sera jamais le faible volume d'une sonorisation. La façade n'est souvent (sauf excellence) qu'une image 2D et recréée d'un volume. C'est une conception parfois stylistique (idéologique ou culturelle aussi) des rôles ou même des codes de telle ou telle musique.
Mais pas que. La sonorisation, l'amplification du phénomène acoustique peut parfois être la création d'un nouvel univers. En complicité avec les producteurs de son sur scène, c'est alors une musique "original" que l'on poursuit, une musique dont l'amplification, le volume sonore (physique, puissant ou minimal), le retraitement, entrent en jeu. Et même sans chercher des sons étranges, certaines musiques ne pourraient exister sans un volume extrême (on pense aux effets Larsen ou aux sub-basses), donnant alors du corps, de la pression et du mouvement à l'air ambiant (cela ne parait donc pas anormal de mettre des protections auditives tout en gardant l'effet d'oppression et de masse sonore).

Il y a d'ailleurs une magie du danger ou du suspens ou de la tension dans des amplis à volume maximum sans même encore y envoyer un signal extérieur. Ce souffle revêt souvent un caractère musical et vivant en soi, comme un cataclysme en marche, une catastrophe sonore en préparation... drôle d'équilibre et de paradoxe entre l'apocalypse brutale possible et la douceur d'un bruit présent.
Mais il s'agit là des conséquences d'une sonorisation de scène pour une salle (souvent de musique actuelle), sans aborder les merveilles de l'électroacoustiques, forme d'amplification aux horizons inouïs qui est un tout autre domaine. Dommage, car, de ces mille bruits "parasites" jaillit tout un monde extraordinaire de bruits blancs, roses ou gris, de craquements, de souffles, de grésillements et de sons indistinctes qui transportent qui enveloppent et qui font vivre la belle émotion des sensations d'une première fois. C'est la beauté de ses scènes, cambrées, en suspend, où tout est en attente de plaisir.


Suite au sound-check et autres billevesées de 18h30... il va forcément arriver autre chose. Le mauvais œil, sacré farceur, est là...

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